samedi 26 juin 2010

Une autre perspective

Je constate une alternance entre des périodes où l'arrière-plan s'impose et des périodes où le mental reprend le dessus avec l'analyse.

L'arrière-plan, tel que je le vis, n'est pas l'éveil. C'est encore un état du mental mais beaucoup plus subtil que celui où je suis totalement identifiée aux projections. Le spectacle est regardé, je n'essaye pas de le modifier, je sais que je ne suis pas ce qui émerge et, en même temps, j'englobe tout. Ce qui s'élève ne perturbe pas, il y a un abandon et une détente : c'est paisible, serein, plein de joie. Je n'ose pas écrire dans ces moments-là car cela relance le mental.

Quand le mental et l'analyse reprennent, il y a une déception de ne plus être connectée à l'arrière-plan, mais, manifestement, l'analyse doit encore avoir son rôle à jouer pour moi alors je joue le jeu...

Cette alternance met en évidence un changement de perspective entre ces deux états. Les perceptions, sensations, émotions, pensées, sont vues sous un autre angle, petit à petit. Cela fait sortir du cadre des habitudes, du conditionnement : se libérer du connu...

1) Se libérer du connu

Les émergences émotionnelles font de plus en plus tâche dans le tissu de ma vie : elles apparaissent plus clairement et ont un aspect presque incongru. Elles sont toujours liées à un conditionnement et, dans ces moments-là, il est clairement vu que je fonctionne en pilotage automatique. J'ai développé ce sujet dans le message suivant : La folie ordinaire

C'est comme quand on fait toujours le même trajet en voiture, à tel point que la voiture semble connaitre le chemin. Et on en connaît des chemins par cœur ! Par exemple, dans les relations avec les parents.

La relation avec les parents

C'est un cas intéressant en ce qui me concerne car j'ai peu d'interactions avec mes parents : une fois par mois à peu près. Du coup, je vois réapparaître des conditionnements issus de mon enfance uniquement lorsque je leur parle. Et cela fait tâche. C'est vraiment étrange de voir réapparaître des réactions, des comportements que je pourrais presque qualifier d'un autre temps. C'est facile alors de les remettre en question, de constater leur inadéquation aux situations présentes, leur désuétude. 

Par exemple, il n'y a jamais eu d'expression de sentiments avec eux, j'ai toujours cherché à cacher ce que je ressentais avec l'impression que c'était considéré comme un signe de faiblesse de montrer mes ressentis. Récemment, une de mes tantes m'a appelée, inquiète parce qu'elle n'arrivait pas à les joindre. J'avais moi-même laissé un message pour la fête des pères qui était resté sans réponse. J'ai donc appelé mon père sur son portable et laissé un message. Il m'a rappelé peu après en ce moquant de moi parce que je m'étais inquiétée. Mon premier réflexe a été une envie de m'en défendre, de dire que je ne m'étais pas inquiétée. Mais, en même temps que mon père se moquait de moi, je ressentais son élan du cœur pour moi (merci l'empathie !) et j'ai su qu'il était content que je me sois inquiétée. Et, en regardant bien, en quoi est-ce que c'est un problème d'avoir des sentiments !? Encore un conditionnement qui n'a plus de sens aujourd'hui.

2) Le deuil du mental

Quand le mental rend les armes, s'abandonne, c'est un autre mode de fonctionnement qui apparaît, un mode spontané.

a) Le contrôle

La vie est laissée libre de se manifester comme elle se manifeste. Il n'y a plus, ou en tout cas moins, de volonté de modifier quoi que ce soit. J'ai déjà développé ce sujet dans le message suivant : Je ne contrôle rien ! 

Par exemple, s'il me vient une pensée négative sur quelqu'un. Mon premier réflexe est de la chasser (quelle horreur, moi, penser du mal de quelqu'un ;-)), comme si cette pensée était indigne de moi. Mais, en fait, la chasser est un autre moyen de la nourrir, de lui donner de l'importance. C'est un peu comme quand quelqu'un nous embête : si on réagit, il va continuer de plus belle alors que si on ne réagit pas, il va se lasser. Quand la pensée est là et qu'il est accepté qu'elle soit là, elle s'en va sans laisser de traces, elle a peu de chances de revenir.

b) La mémoire

Parfois, quand je veux dire quelque chose, je n'arrive pas à garder la pensée en question en mémoire, c'est comme si elle me fuyait. Et, je la laisse partir, je la laisse mourir. Je pourrais forcer son rappel mais, souvent, elle réapparaît spontanément un peu plus tard et en parler alors s'intègre parfaitement à la situation du moment. ; ce qui n'aurait pas été le cas si je l'avais forcée plus tôt. Il y a donc une confiance qui se développe à ne pas forcer une conversation, à la laisser se dérouler spontanément, ce qui ne veut pas dire émotionnellement. Il ne s'agit pas d'être en pilotage automatique, guidé par une mémoire non consciente.

Comment faire la différence entre un acte spontané et une réaction émotionnelle ? C'est simple, j'ai remarqué que dès que je VEUX dire quelque chose, ce n'est pas spontané.

c) L'analyse

Parfois, j'écoute les gens parler, j'entends des sons mais je ne sais pas ce que les sons veulent dire. Cela m'arrive aussi quand je lis des mails. Les mots ont perdu leur sens. Il y a une compréhension instantanée mais indépendamment du sens des mots. Cela me demande alors un effort de concentration du mental pour retrouver le sens des mots. Et il arrive que j'ai compris autre chose que ce que les mots indiquent réellement. Si je m'en inquiète auprès de l'auteur du mail, il me répond qu'il a écrit une chose en en pensant une autre. Et ce que j'ai compris spontanément, c'est ce qu'il pensait réellement, non ce qu'il a écrit.

3) Aider les autres

Est-ce que vous avez remarqué comme les gens n'aiment pas qu'on leur donne des conseils ? Et c'est normal parce qu'au moment où je donne un conseil, si ce n'est pas un acte spontané, c'est mon orgueil qui parle, je pars d'une position où je crois savoir et où j'estime que l'autre ne sait pas. Là encore, si je suis dans une attitude où je VEUX dire quelque chose, voire, que je l'ai préparé à l'avance, j'ai tout faux, ce n'est pas spontané, ça part de mon ego et c'est mal reçu en face.

S'il n'y a pas de paroles spontanées qui émergent, je trouve que le mieux, c'est encore d'être le plus possible dans l'arrière-plan, la méditation "naturelle". Pourquoi ? Parce que lorsque je ne suis pas bien, mon mental est très agité, il y a de la confusion, et la seule chose qui m'aide vraiment dans ces moments-là c'est que le mental se calme. Donc, je trouve que la façon la plus efficace d'aider les autres est de les aider à trouver le calme en étant moi-même calme.

Lorsque l'arrière-plan est habité, j'ai constaté que mes proches, et notamment mon mari , recherchent mon contact. Même la nuit, alors que je passe des heures sans dormir mais assez méditative, mon mari, dans son sommeil, vient coller sa tête contre la mienne. Alors que quand je suis perturbée, même si je ne le dis pas, il me fuit comme la peste ;-).

4) La loi de cause à effet

La loi de cause à effet est une évidence que je ne remets pas en question. Néanmoins, elle est perçue par le mental, lorsqu'il y a analyse.

Quand le mental rend les armes, il n'y a plus de place pour l'analyse. Il reste une spontanéité renouvelée d'instant en instant. Et ce qui émerge d'instant en instant n'est pas analysé, n'est pas relié au passé. Et si les évènements ne sont plus liés mentalement les uns aux autres, il n'est plus possible de parler de relation de cause à effet entre eux. Il reste des évènements qui émergent. Point.

Et ce n'est pas un appel à faire n'importe quoi parce qu'il y aura des conséquences. Mais quand on est dans l'arrière-plan, la notion de continuité n'a plus vraiment de sens puisqu'il n'y a que l'instant qui compte.





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