samedi 10 avril 2010

Ce qui est tel que c'est

L'accueil de ce qui est tel que c'est me fait me sentir bien, légère, vibrante.

1) D’où vient la souffrance ?

Dès que quelque chose de contrariant ou de stressant n'est pas vu, donc pas accueilli, mon énergie diminue, je me sens déprimée : il y a souffrance. Ce sont même des signes très utiles pour m'aider à reconnaître que je suis dans un déni, que je n'accueille plus ce qui est tel que c'est.

Les évènements contrariants peuvent se manifester de différentes manières :

  • un gros évènement qui entraîne un choc émotionnel bien visible.
  • une succession de petits impacts, insignifiants s'ils sont pris séparément, mais dont l'accumulation devient pesante petit à petit jusqu'à ce qu'une goutte d'eau fasse déborder le vase. Dans ces cas-là, il y a surprise qu'une goutte d'eau ait pu me faire exploser, mais c'est parce que je n'avais pas vu les gouttes précédentes.
  • certains apparaissent de façon plus insidieuse, se renforçant petit à petit : comme quelqu'un qui veut me faire faire quelque chose dont je n'ai pas envie et qui insiste de plus en plus au fil du temps.
  • les situations récurrentes : par exemple le fait que mes relations avec les autres se déroulent toujours de la même manière qui n’est pas nécessairement satisfaisante.

Mais ce n’est pas l’évènement lui-même qui est problématique, c’est plutôt le fait que cela m’atteint dans mes croyances. Je croyais quelque chose et les circonstances me montrent que c’est faux.

La résistance à la situation ou à la réaction à la situation entraîne des tensions dans le corps : je suis crispée (surtout au niveau du ventre et des mâchoires), je fais des apnées, et c'est cela qui est fatiguant, le fait de maintenir une tension. Essayez de contracter un muscle en continu pendant plusieurs jours pour voir si ce n'est pas fatiguant...

Il y a également la fuite mentale qui fait chercher des situations heureuses à l'extérieur. Cette fuite, cette peur de regarder ce qui tracasse grossit le problème : la taupinière devient une montagne petit à petit. Bref, j'ai de plus en plus peur de ce que je n'ose pas regarder !

2) Regarder

Quand je regarde en face ce qui me tracasse, les montagnes redeviennent les taupinières qu'elles sont réellement et la souffrance diminue. Le problème ne va pas nécessairement disparaître mais il va être vu dans ses vraies proportions, une taupinière au lieu d'une montagne, et cela allège grandement le vécu. Au moment où je vois ce que je refusais et qui me stressait, il y a comme un haussement d'épaules : d'accord, il y a ce problème, et après, qu'est-ce que cela peut faire ! Il y a un soulagement à ne plus me mentir à moi-même, même inconsciemment, je me sens plus libre...

S'il y a la manifestation d'un déni (baisse d'énergie et du moral), mais que je ne sais pas de quoi il s'agit, je regarde mes pensées. Il s'agit toujours de quelque chose qui me revient souvent à l'esprit mais que je ne reconnais pas comme étant dérangeant. Et pourtant, dès qu'une pensée devient redondante, c'est que quelque chose n'est pas vu.

Le secret, s'il y en a un, d'après moi, c'est vraiment d'être consciente que je suis impactée par une situation, un souci, et de le regarder en face, de l'accueillir avec fluidité, de fusionner avec le ressenti. Pas de distance.

Et dès que la situation est accueillie telle qu'elle est, le mental s’apaise, la joie, la légèreté, l'énergie, sont de nouveau présents.

3) Regarder encore

Il me semble qu’une part importante de l’accueil est constituée de la capacité à voir ce qui est fui.

Les pensées rejetées sont récurrentes mais, souvent, le mouvement de fuite est tellement rapide que, même si l’agitation mentale est la preuve qu’il y a fuite, les pensées concernées sont difficiles à détecter et donc à observer. J’ai l’impression d’être dans une espèce de brouillard. Donc, quand il y a agitation mentale, je cherche ce qui est fui mais c’est parfois long à trouver. Souvent, le fait d'accepter d'être dans le brouillard et de l'accueillir permet d'y voir plus clair.

Quand le mental s’agite de nouveau après un apaisement, je regarde en premier la pensée perturbante de la fois d’avant et je remarque avec de moins en moins de surprise que c’est la même qui me perturbe de nouveau. C’est comme un oignon : à chaque fois que je regarde une pensée perturbante (une croyance qui s’avère fausse), je ne fais qu’enlever une couche de l’oignon.

4) Remonter à la source

J’ai l’impression que ce qu’il y a à regarder est sans fin, qu’il y a encore et encore des impacts se produisant et ramenant à ma mémoire des évènements passés similaires. C’est un peu comme faire la poussière : même si c’est propre à un moment donné, de la poussière va de nouveau s’accumuler.

Alors, je me suis demandée qu’elle était la première pensée perturbante, celle qui est à l’origine de toutes les autres et donc des émotions. Celle qui, une fois déracinée, déracine toutes les autres. Les premières pensées perturbantes me semblent être que je ne sais pas qui je suis ni où je suis, pensées qui déboulonnent la croyance que j’existe en tant que corps-mental-personnalité.

Pour le moment, ce regard sur ce que je suis et où je suis ne se maintient pas très longtemps : la distraction se manifeste très fortement. Mais ce regard s’impose de plus en plus souvent, spontanément.




6 commentaires:

  1. Oui, la souffrance est bon indicateur pour peu que l'on voit à travers elle...
    Entendre l'autre dans le travail qui s'accomplit participe de notre propre cheminement.
    Merci pour ce partage

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  2. Savoir analyser sa souffrance n'aide pas toujours à la contrer . . .

    Quand une souffrance, grande ou petite, prend place (à long terme) dans l'esprit d'un individu, l'individu s'y habitue. Et même si l'habitude n'empêche pas la douleur, au bout d'un moment on est plus surpris, c'est tout.

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  3. C'est vrai que le premier réflexe du mental est de chercher à contrer la souffrance. Je le vois bien en ce qui me concerne. Pourtant, en regardant bien, il est vu que la souffrance est déjà le résultat de quelque chose qui a été contré.

    Pour ce qui est des souffrances un peu installées, je vois que cela génère des pensées répétitives sur le sujet en question et entraîne une perte d'énergie : pas de surprise mais pas d'accueil non plus.

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  4. Et peut-être aussi se rappeler de replacer sa souffrance dans un contexte plus large...l'univers participe en totalité et à chaque instant au plus infime détail de "notre" apparente vie.
    Il y à là en permanence une intime Solidarité qui dépasse tout entendement.
    Même dans le manque de bienveillante considération de nos apparentes "erreurs"

    Bien à vous

    Jean-Louis

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  5. Effectivement, la souffrance peut être vue sous différents angles, peut être comprise intellectuellement et cela peut permettre de mieux l'accepter.

    En ce moment, il me semble clair que souffrance rime avec mentalisation. Plus je me raconte d'histoires sur ma souffrance et plus je la nourris.

    Si dans l'instant présent, il y a une souffrance, et bien il y a une souffrance ! Et je me donne le droit de souffrir, de m'apitoyer sur mon sort, etc... Car ce sont mes conditionnements qui sont en action à ce moment-là et essayer de les empêcher de réagir serait comme essayer d'empêcher la pluie de tomber.

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  6. En effet, aucune chance d'empêcher la pluie de tomber.
    Aucune chance non plus de se donner le droit de quoi que se soit...
    Tant qu'il y a appropriation de "ma" pensée, "mes" conditionnements, il y aura souffrance.
    Une pensée racine "je" surgit et s'approprie tous ces apparents mouvements dans la conscience,un sens de la séparation surgit ainsi que la souffrance qui l'accompagne.
    Alors cette même pensée "je" semble chercher à adopter une attitude qui "conviendrait" en écartant ce qui ne "conviendrait pas"...
    De ce cet apparent choix nait un conflit avec son cortège de peur et de culpabilité si l'apparent objectif n'est pas atteint...
    Cela aussi est parfaitement divin.

    Amitiés

    Jean-Louis

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