lundi 10 janvier 2011

Christian Simard

Tu décris admirablement bien la progression des constats dans ton texte (Les aperçus). D’abord, celui réalisé intérieurement, par la méditation ou l’introspection, à savoir que quand l’esprit s’apaise, émerge un état d’éveil pur sous-jacent, en amount de l’activité mentale, et que cette conscience totalement éveillée mais libre de toute activité mentale est constatée comme étant le contenant immuable dans lequel les pensées apparaissent, se déplacent et disparaissent. Comme un ciel immobile et sans nuage dans lequel passe un vol d’oiseaux.

Ce n’est pas que quand le mental s’apaise totalement il devient la conscience pure, ou Je véritable. Le mental ne devient jamais la conscience pure. Le mental opère dans son champ d’action qui est de penser et de percevoir. Et la conscience pure existe dans son champ d’être. Ils sont éternellement distincts et ne se touchent jamais. Seulement quand la surface de l’eau s’apaise, on peut voir le fond de l’étang.

Ce constat fait penser aux gens qui le font que le Soi est une réalité intérieure. Existe au fond de ma personne mon Je véritable. Il n’en est rien. C’est un constat partiel.

Puis lorsque l’activité reprend, quand le mental ne doit plus penser peu, mais penser beaucoup et agir dans le quotidien, ce constat de Je immuable en amont de l’activité mentale se perd, mais pas totalement. Par la répétition, l’individu arrive à conserver un peu de ce constat de conscience d’éveil pur à l’intérieur dans lequel se déroule son activité mentale. Et lentement le constat s’étend hors du mental dans le champ de l’activité. Ce n’est plus seulement les pensées qui sont comme un vol d’oiseaux dans un ciel immobile et sans nuages, mais les événements extérieurs aussi.

Les détails du vécu sont non-pertinents et varient d’une personnes à l’autre. La qualité du vécu est non-pertinente également. Ce qui importe ce n’est pas combien et quels oiseaux passent dans le ciel, mais le fait que ces oiseaux sont constatés passant dans un ciel immobile.

Alors l’individu expérimente que ce n’est pas tant son vécu qui change, il ne change pas vraiment, mais le fait que les scènes de sa vie quotidienne sont pleinement expérimentées mais ne laissent pas d’impression sur Je intérieur. Elles se succèdent sans laisser d’impression sur moi. Elles touchent mon corps, mon intellect, mon esprit, mes émotions, mais pas moi. C’est l’émergence de l’innocence, du moment présent vécu et témoigné et au suivant, de Muktananda (Freedon FROM action). Pas IN action, jamais in.

Sûrement, la personne expérimente que non seulement ses pensées, mais aussi son univers extérieur semble exister et se dérouler dans une plénitude d’être. Mais alors que la personne peut constater que la conscience pure en elle, à la source de la pensée, est clairement Je, elle est encore incapable de constater que la plénitude d’être dans lequel existent et agissent les choses extérieures, incluant la personne elle-même, est également Je. Tout au plus dira-t-elle qu’elle et son monde sont constatés par elle agissant dans une plénitude d’être. Le constat du Je demeure à la source de la pensée, dans la quiétude parfaite ou presque du mental. Le constat supreme que la plénitude d’être dans laquelle les choses et l’activité extérieure semblent exister est Je n’est pas encore faite.

Illumination veut dire émergence d’une lumière. Mais pas lumière au sens propre, ni figuré telle clarté mentale, mais au sens très figuré. Comprendre. Oh, je viens enfin d’allumer. Ou t’as pas encore compris? Allumes bonhomme (je suis québécois). Et Illumination veut dire éclairage instantané et total. L’Illumination n’est pas un éclairage réostatique.

Jusqu’ici on est dans le réostatique. On a fait les constats préliminaires et on voit un peu mieux, on est moins affecté par la pénombre. Puis, sans raison apparente, ni raison de linéarité d’expériences, en une fraction de seconde et d’une manière absolument bouleversante, sur la rue, au travail ou au resto, se produit le grand déclic permanent, l’Illumination : Oh shit! I alone is. The whole cosmic thing is happening in Me. Always have been. 

Christian Simard


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