vendredi 21 mai 2010

La folie ordinaire

J’ai souvent lu que nous prenons la corde pour un serpent. Et je croyais avoir compris cette phrase…

1) Surimposition de la mémoire au présent

Les situations vécues sont, tel que je commence à le percevoir, automatiquement reliées au passé, à du connu. Elles font ressurgir des souvenirs de situations similaires à celle vécue dans l'instant. A ce moment-là, il y a surimposition des souvenirs à la situation présente. Ces souvenirs obscurcissent la vision du présent : la situation présente est vécue comme si elle était identique à celle passée. Et les émotions liées à la situation passée réapparaissent.

Ces émotions renaissantes entraînent le même genre de réaction que dans les situations passées. Le comportement est alors en pilotage automatique : telle situation est reliée à tel souvenir et entraîne telle réaction. Et la question ne se pose même pas de savoir si notre réaction a un sens, si elle est vraiment adéquate à la situation. La réaction téléguidée par la mémoire est une habitude.

2) Prise de conscience de la surimposition

Il y a prise de conscience qu'un souvenir vient contaminer une situation présente, en ce qui me concerne, quand il y a des émotions : mon mental fait des allers-retours entre la situation présente et celle passée, par exemple. Les pensées du passé sont là, grosses comme des montagnes.

Néanmoins, bien souvent, tout se passe très rapidement. La réactivité se manifeste par rapport à une situation présente sans que la contamination par la mémoire n’ait été détectée. Notamment, quand le souvenir de l’évènement passé auquel le présent est rattaché à ce moment n’est pas clair, est oublié. Tout ce qui est vu est une émotion et une réactivité démesurée par rapport à la réalité de la situation.

Quand je suis consciente de la surimposition, il n'en demeure pas moins qu'il est difficile de faire la part des choses entre l'évènement passé et la situation présente. C'est comme si la situation passée était collée, entremêlée, imbriquée, amalgamée au présent.

3) La surimposition est vue. Et après ?

D’après mon vécu, être conscient de cette surimposition est la clé. Après, je regarde et je regarde encore et encore...

Une situation, similaire en apparence à un gros nœud que je me suis fait dans le passé, est venue me hanter récemment. Il y a eu une série d'allers-retours : par moments, j'étais consciente de la contamination (quand le mental se calmait), à d'autres, j'étais identifiée aux émotions liées au passé. Puis, il y a eu une modification de la perspective et j'ai perçu une différence entre la situation présente et celle passée. Et, à partir de là, cela a été comme une brèche ouverte dans la forteresse : de plus en plus de différences me sont apparues jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de confondre ces 2 situations. Et, d'un coup, la situation passée s'est littéralement décollée de la situation présente comme un autocollant ou un pansement qu'on enlève. Je me suis alors retrouvée à pouvoir contempler les deux situations séparément et j'ai réalisé qu'elles étaient complètement différentes. Et lorsque les deux situations se sont dés-imbriquées, la situation présente ne générait plus d'émotions.

C'est une drôle d'expérience de se rendre compte que cette surimposition du passé au présent est une sorte de folie... Une folie dans laquelle la corde est perçue comme étant un serpent.

Depuis, je regarde mes réactions émotionnelles. Le ou les évènements passés qui entraînent cette réactivité ne sont pas toujours connus mais je remets en question l’adéquation de la réaction à la situation présente. Il est vu qu’il y a une habitude de réagir d’une certaine manière dans une situation donnée et l’absurdité de la réaction est alors vue. Car, sans passé, la situation ne génèrerait pas d’émotions. C’est une sorte de re-visitation du présent en oubliant le passé, une fraîcheur : toute situation est... nouvelle.

1 commentaire:

  1. Merci pour ce bel éclairage de l'aphorisme , la corde et le serpent.
    En vous lisant j'ai soudain compris que moi aussi je l'avais mal compris.
    A partir de maintenant votre récit d'observation des réactions/émotions conditionnées, m'est précieuse pour savoir comment faire pour moi.
    J'apprécie beaucoup votre partage.

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